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Les paroles de la chanson
« Banlieue rouge »
Renaud

Elle crèche cité Lénine
Une banlieue ordinaire
Deux pièces et la cuisine
Canapé, frigidaire
Préfèrerait habiter
Cité Mireille Mathieu
Au moins elle sait qui c’est
Pis c’est vrai qu’ça f’rait mieux
Sur les cartes de visite
Qu’elle utilise jamais
Ça mettrait du ciel bleu
Sur les quittances de gaz
L’en parlera au syndic
Si elle a une occase

Elle habite quelque part
Dans une banlieue rouge
Mais elle vit nulle part
Y a jamais rien qui bouge
Pour elle la banlieue c’est toujours gris
Comme un mur d’usine, comme un graffiti

Elle a cinquante-cinq ans
Quatre gosses qu’ont mis les bouts
Plus d’mari, pas d’amant
Et pis quoi des bijoux?
Y a bien qu’son poisson rouge
Qui lui cause pas d’soucis
Encore que y a des nuits
Quand elle l’entend qui bouge
Elle s’lève pour aller l’voir
Des fois qu’y s’rait parti
Après c’est toute une histoire
Pour s’rendormir ouallou!
Elle essaie Guy Des Cars
Mais elle comprend pas tout

Elle habite quelque part
Dans une banlieue rouge
Mais elle vit nulle part
Y a jamais rien qui bouge
Pour elle la banlieue c’est toujours la zone
Même si au fond d’ses yeux, y a un peu d’sable jaune

Elle travaille tous les jours
Elle a un super boulot
Sur l’parking de Carrefour
Elle ramasse les chariots
Le week-end c’est l’enfer
Quand tous ces parigots
Viennent remplir l’coffre arrière
D’leur 504 Peugeot
De quinze tonnes de lessive
De monceaux de bidoche
En cas d’guerre, en cas d’crise
Ou d’victoire de la gauche
Ce spectacle l’écœure
Alors elle pense à ces gars
Qui sont dev’nus voleurs
Elle comprend mieux pourquoi

Elle habite quelque part
Dans une banlieue rouge
Mais elle vit nulle part
Y a jamais rien qui bouge
Y a qu’le bleu des mobs qui l’emmène en vacances
Ses histoires d’amour, elle les vit dans Confidence

Elle a bien ses p’tites joies
A défaut du bonheur
Quand elle nourrit ses chats
Quand elle parle à ses fleurs
Chaque semaine au loto
Elle mise dix ou vingt balles
Elle joue son numéro
D’sécurité sociale
C’est pas dur, c’est pas cher
Mais ça rapporte que dalle
Pis elle écoute la radio
Surtout Michel Drucker
Parc’qu’elle le trouve très beau
Et pas du tout vulgaire

Elle habite quelque part
Dans une banlieue rouge
Mais elle vit nulle part
Y a jamais rien qui bouge
Entre l’chien en plâtre sur la télévision
Et les castagnettes sur le mur du salon

Chez elle c’est du lino
Mais faut mettre les patins
Dehors c’t’assez crado
Faut qu’dedans ça soit bien
Ça pue la pisse de chat
Mais ça on n’y peut rien
Quand t’aimes les animaux
Tu t’arrêtes pas à ça
Elle, elle dit qu’en tout cas
Elle aime pas les humains
Pourtant elle a mis l’bon dieu
Juste au-dessus d’son paddok
Elle y croit, si tu veux
Mais c’est pas réciproque

Elle habite quelque part
Dans une banlieue rouge
Mais elle vit nulle part
Y a jamais rien qui bouge
Pour elle la banlieue c’est toujours gris
Comme un mur d’école comme un graffiti